Retour au sommaire Bilan 1999
L'Europe rattrape les Etats-Unis dans le bal des fusions-acquisitions
L'automobile redécouvre les vertus du « big is beautiful »
Le capitalisme familial plus actif que jamais
Aluminium : Pechiney absorbé par le canadien Alcan
Carrefour et Promodès mettent la distribution européenne en ébullition
L'affaire Orangina marque le retour en force du droit de la concurrence
Pétrole : TotalFina avale Elf et devient le numéro quatre mondial
Chimie-pharmacie : le retour des Français sur le devant de la scène
L'Opep a fait monter les cours du brut de 35 % en un an
UN SIÈCLE DE BAGARRE POUR LE LEADERSHIP...
L'Europe rattrape les Etats-Unis dans le bal des fusions-acquisitions
L'OPE record du britannique Vodafone sur Mannesmann
manifeste le dynamisme croissant des entreprises
européennes
dans les restructurations industrielles.
En
lançant officiellement, à la veille de Noël, son
offre
d'achat sur l'allemand Mannesmann, le britannique
Vodafone a non seulement secoué le capitalisme
rhénan,
protégé jusque-là par le cordon sanitaire de ses
banques et de ses compagnies d'assurances,
mais
il a battu par la même occasion le record du monde
des OPA-OPE.
Avec un montant de 140
milliards
d'euros, l'OPE de Vodafone sur le spécialiste allemand
de la téléphonie mobile dépasse
les gigantesques
fusions américaines : MCI WorldCom-Sprint dans
les télécommunications, Exxon-Mobil
dans le pétrole,
Pfizer-Warner Lambert dans la pharmacie ou bien
Citicorp-Travelers dans la
finance.
L'Europe
talonne désormais les Etats-Unis sur le marché
mondial des fusions-acquisitions.
L'année 1999
restera d'ailleurs comme un millésime exceptionnel
pour le Vieux Continent car,
à l'offre de Vodafone,
il faut ajouter l'OPA d'Olivetti sur son compatriote
Telecom Italia et
celle de TotalFina sur son rival
français Elf Aquitaine.
Un environnement favorable
Il
n'y
a pas de doute que l'arrivée de la monnaie unique
en Europe a stimulé les rapprochements.
L'instauration
d'un marché des obligations en euros a donné aux
entreprises les financements
qu'elles recherchaient.
Dès sa première année d'existence, ce marché s'est
hissé au niveau de
son homologue en dollars.
L'accélération
de la croissance dans la zone euro a également
fourni
un environnement économique favorable aux
opérations de fusion. En particulier, ce qu'il
est
convenu d'appeler la « nouvelle économie »,
la diffusion des technologies développées autour
d'Internet,
a dopé l'activité. Enfin, le phénomène de mondialisation
a continué de jouer un
rôle d'aiguillon, l'Europe
devant se muscler face à des Américains qui ont
déjà largement réalisé
leur restructuration.
On
a ainsi assisté à un certain nombre de rapprochements
entre entreprises
françaises et allemandes. Rhône-Poulenc
a épousé Hoechst pour donner naissance à Aventis,
leader
mondial, mais fragile, des sciences de la
vie. Aerospatiale Matra a décidé de faire tandem
avec
Dasa pour créer EADS, désormais en position
de force pour transformer le consortium Airbus
en
société de plein exercice. Et Framatome a pris
le nucléaire de Siemens sous son aile. Parfois,
les
entreprises françaises ont été chercher plus loin
leurs alliés. Ainsi en est-il de Pechiney,
qui
a fusionné avec le canadien Alcan et le suisse
Algroup. Et surtout de Renault, qui a investi
33
milliards de francs pour prendre une participation
de près de 37 % dans le deuxième constructeur
automobile
japonais, Nissan.
Plus de tabous
Mais
ce qui frappe le plus, c'est
la multiplication
des OPA hostiles en Europe. C'est TotalFina qui
s'empare d'Elf Aquitaine.
Ou bien le petit Olivetti
qui mange le gros Telecom Italia. Les tabous tombent.
Et le britannique
Vodafone ne craint pas de lancer
un raid sur Mannesmann, au pays où les OPA non
sollicitées
étaient jusqu'à présent bannies. L'Allemagne
est secouée par l'irruption du modèle anglo-saxon
au
coeur même de son capitalisme. Le gouvernement
Schröder en tire les conséquences en adoptant
une
réforme fiscale qui sonne le glas de la banque-industrie
outre-Rhin. Le résultat de l'OPA
de Vodafone aura
valeur de test dans toute l'Europe. En cas de succès,
on doit s'attendre, en
effet, à une multiplication
des offres hostiles, notamment en France, où l'Etat
et les « zinzins
» ne jouent plus leur rôle de
« boucliers ». Partout, l'actionnaire devient roi.
C'est sous
sa pression que la plupart des pays
s'imposent de douloureux ajustements pour mieux
jouer le
jeu de la mondialisation.
PATRICK
LAMM

L'automobile redécouvre les vertus du « big is beautiful »
La fièvre des fusions enflamme
le secteur automobile,
et l'année écoulée a été fertile en rapprochements
spectaculaires, avec
en point d'orgue l'alliance
Renault-Nissan.
L'industrie automobile est une
centenaire au
coeur tendre et, en cette fin de
millénaire, elle redécouvre les joies du flirt,
voire plus
si affinités. Dans la foulée de l'union
spectaculaire entre l'allemand Daimler-Benz et
l'américain
Chrysler, en 1998, d'autres mariages
ont été célébrés. Dès février, Ford a déclaré sa
flamme
à Volvo, l'éternelle fiancée suédoise de
l'automobile. L'américain, numéro deux mondial,
n'a
pas hésité à débourser 5,7 milliards d'euros
pour racheter Volvo Cars.
De son côté, Renault,
le
prétendant de Volvo au début des années 90, n'est
pas resté inactif. Au terme de huit mois
de négociations
secrètes, son PDG, Louis Schweitzer, a paraphé
à Tokyo, le 27 mars, l'accord
organisant l'entrée
de son groupe à hauteur de 36,8 % dans Nissan,
le numéro deux nippon de
l'automobile. Moyennant
un investissement de 5 milliards d'euros (33 milliards
de francs), le
constructeur français donne naissance
au quatrième acteur mondial, avec 4,8 millions
de véhicules
des deux marques produits en 1998.
A la clef, des économies attendues de 20 milliards
de francs,
grâce à la mise en commun progressive
des achats, des moyens industriels (partage d'usines
et
de plates-formes) et des réseaux commerciaux.
En outre, pour accélérer encore sa stratégie d'expansion
internationale
fondée sur la « croissance rentable », Renault
a pris le contrôle, en juin, du
constructeur roumain
Dacia. Une fois remis à niveau, il devrait permettre
de produire une «
voiture moderne à 6.000 dollars
» destinée aux marchés émergents.
Focalisation
sur
l'Asie
Renault n'est pas
le seul à considérer l'Asie comme une terre
de
conquête. Tous les grands constructeurs mondiaux
ont les yeux de Chimène pour ce marché,
à l'instar
de General Motors, qui multiplie les partenariats
avec des spécialistes japonais
(Suzuki, Isuzu,
et récemment Subaru). Le numéro un mondial a également
conclu en décembre une
alliance avec Honda dans
les moteurs, qui pourrait être élargie à d'autres
domaines. Il s'intéresse
aussi au coréen Daewoo,
vendu aux enchères dans quelques mois.
Outre
GM, le camp des prédateurs
compte dans ses rangs
Ford, Volkswagen et DaimlerChrysler. En dehors
des constructeurs asiatiques,
souvent en difficulté,
celui des proies potentielles abrite quant à lui
des firmes européennes
dont les actionnaires familiaux
affirment pour l'instant - et à des degrés divers
- leur goût
pour l'indépendance, tels BMW, Fiat
et PSA Peugeot Citroën, fervent adepte des «
coopérations
ponctuelles et durables ».
Ce
mouvement de concentration n'épargne pas
les équipementiers,
qui veulent rester des interlocuteurs de poids
face à des clients de plus
en plus puissants. TRW
a racheté le tandem Lucas-Varity, lui aussi issu
d'une récente fusion.
Le français Valeo a multiplié
les initiatives, notamment à la faveur du démantèlement
du « keirestu
» de Nissan, en nouant un partenariat
stratégique avec le japonais Zexel. Faurecia, lui,
a acquis
l'américain Apas, dans les systèmes d'échappement
et, pour restaurer sa compétitivité, Michelin
a
annoncé, avec les conséquences médiatiques et sociales
que l'on sait, un important plan de
restructuration
en Europe.
XAVIER DEBONTRIDE

Le capitalisme familial plus actif que jamais
Bernard Arnault, Vincent Bolloré, Albert
Frère
et François Pinault ont multiplié les opérations.
Sur
l'échiquier du capitalisme familial,
quatre joueurs
de gros calibre ont activement manoeuvré leurs
pions en 1999. Martin Bouygues,
dont le groupe
a été très entouré, en sait quelque chose. Car
si Vincent Bolloré en est sorti
fin 1998 en réalisant
une plus-value brute supérieure à 1,5 milliard
de francs, et si Albert
Frère s'y est intéressé
sur un mode mineur, Bernard Arnault et François
Pinault en ont fait
un de leurs terrains d'affrontement
direct. Le PDG du numéro un mondial du luxe a franchi
fin
décembre le seuil de 10 % du capital, se rapprochant
des 15,2 % détenus par le principal actionnaire
de
Pinault-Printemps-Redoute (PPR). Alors que jusque-là
ils se contentaient de se surveiller,
les deux
tycoons français sont devenus, l'an dernier, des
adversaires résolus à la faveur de
l'affaire Gucci.
En mettant quelque 18 milliards sur la table afin
d'acquérir 40 % du maroquinier
florentin, François
Pinault a fait coup double. Il a déjoué les plans
de Bernard Arnault et
s'est posé en concurrent
dans son domaine de prédilection, le luxe. Cependant,
il en faut davantage
pour décourager le patron
de LVMH. La preuve ? En 1999, il aura misé plus
de 20 milliards de
francs sur des entreprises de
toutes tailles. Au passage, il se sera fait un
nom dans le monde
de l'Internet, et aura enrichi
LVMH d'un pôle horloger de poids en achetant Ebel,
TAG Heuer,
Zénith, Chaumet. François Pinault, lui
aussi, a pris des positions sur Internet, et plus
spécialement
dans le e-business. Mais il s'est
aussi développé dans son activité principale, avec
l'achat
de 35 % du grand magasin parisien Madelios,
et dans la finance, en reprenant la compagnie d'assurances-vie
japonaise
Aoba-Life et la Banque Générale du Commerce (BGC).
Plus
méfiant à l'égard
de la cyber économie, Vincent
Bolloré a préféré jeter son dévolu sur des cibles
comme Pathé
ou Rue Impériale de Lyon, un des holdings
de la galaxie Lazard. Si son aller-retour dans
le
groupe de Jérôme Seydoux lui a procuré une plus-value
de 800 millions de francs, il n'est toujours
pas
sorti de Rue Impériale de Lyon, dont il a acquis
28 % du capital contre un peu plus de 2
milliards.
Devenu « serial raider », Vincent Bolloré n'en
délaisse pas pour autant ses activités
historiques.
C'est ainsi qu'en 1999, son groupe a repris l'armateur
britannique Otal et ses
12 % de trafic par conteneurs
entre l'Europe et l'Afrique occidentale, ou encore
passé commande
de 6 navires neufs pour 1,2 milliard
de francs. Enfin, moins médiatique mais tout aussi
influent
que les « money makers » français, Albert
Frère s'est encore renforcé dans l'Hexagone l'an
dernier.
Il est en particulier devenu le premier
actionnaire (hors Rhône-Poulenc) du chimiste Rhodia,
en
investissant 1 milliard de francs pour prendre
5,3 % du capital. Il est aussi devenu largement
majoritaire
dans le fromager Entremont. Et si ses participations
sont tombées à 4,18 % dans
TotalFina et à 8,5 %
dans Suez-Lyonnaise des Eaux, c'est parce que,
avec son soutien, la première
a avalé Elf Aquitaine
et la seconde, Tractebel.
MARGUERITTE LAFORCE

Aluminium : Pechiney absorbé par le canadien Alcan
Opération audacieuse.
Eté exceptionnellement
chaud
pour l'aluminium. En deux jours, à la mi-août,
deux regroupements d'envergure ont été
annoncés
dans ce secteur resté longtemps à l'écart des concentrations.
Le canadien Alcan a été
le premier à tirer, en
s'entendant avec Pechiney et le suisse Algroup
pour fusionner à l'amiable.
Une opération audacieuse
: c'est la première fois que trois grands industriels,
venant de trois
pays et de deux continents différents,
tentent un tel mariage. Alcan en sera clairement
le leader.
Dès que les autorités antitrust auront
donné leur feu vert, le canadien achètera les actions
Pechiney
et Algroup, en payant avec ses propres titres.
Jean-Pierre Rodier, l'actuel patron
de Pechiney,
devrait toutefois remplacer au bout de deux ans
son homologue d'Alcan à la tête
du nouvel ensemble.
Deuxième
grande fusion lancée en août : l'acquisition de
l'américain
Reynolds par son compatriote Alcoa,
pour près de 6 milliards de dollars (5,94 milliards
d'euros).
Déjà leader mondial de l'aluminium, le
groupe confortera ainsi sa première place, juste
devant
le futur ensemble Alcan-Pechiney-Algroup.

Carrefour et Promodès mettent la distribution européenne en ébullition
Pour contrer les
velléités offensives de l'américain
Wal-Mart, les deux français ont entamé la danse
des fusions
sur le Vieux Continent.
Le secteur
de la distribution alimentaire vit actuellement
à l'heure
de la concentration. Plusieurs groupes
européens travaillent à des opérations de rapprochement.
Nous
ne savons pas encore qui va entamer la danse, mais
une chose est sûre : la première annonce
devrait
provoquer une réaction en chaîne », prophétisait
au printemps 1999 le courtier
anglo-saxon Merrill
Lynch. Les faits allaient rapidement lui donner
raison puisque, dès le 30
août, les français Carrefour
et Promodès annonçaient leur fusion amicale. Une
opération destinée
à contrer les velléités offensives
de l'américain Wal-Mart, alors que la structure
de capital
de Carrefour laissait craindre un raid
hostile.
Menées tambour battant, les négociations
des
deux groupes ont abouti au lancement d'une offre
publique d'échange de Carrefour sur Promodès,
à
la création du numéro deux mondial de la distribution,
derrière Wal-Mart, et surtout du numéro
un européen,
qui a relégué loin derrière tous les ténors du
secteur sur le Vieux Continent :
un groupe de 54
milliards d'euros (355 milliards de francs) de
chiffre d'affaires en 1999 avec
9.000 magasins,
dont 680 hypermarchés, et 240.000 personnes, dont
110.000 en France.
Même
si les spécialistes
attendaient une opération majeure dans le secteur,
cette annonce a pris
de court tous les concurrents
européens, les contraignant à redéfinir dans l'urgence
leur stratégie
sur le Vieux Continent. Face à l'émergence
du nouveau géant français, les groupes britannique
Tesco,
néerlandais Ahold, allemand Metro, français Auchan
et Casino se sont mis au travail pour
chercher
une parade.
Le feu vert bruxellois attendu
En
attendant de trouver l'âme soeur,
ils se sont mis
en ordre de marche pour accroître leur force de
frappe en Europe, mais aussi
sur de nouveaux continents.
A commencer par Casino qui, après avoir repoussé
avec véhémence
les avances de Promodès en 1997,
semblait plus que jamais isolé. La société a acquis
ainsi 25
% du brésilien CBD, portant à 9 milliards
de francs ses investissements en Amérique latine
en
deux ans, avec pour ambition de fédérer autour
d'une centrale d'achats commune quatre distributeurs
sud-américains.
En tout état de cause, le projet Carrefour-Promodès
n'a pas encore, à ce jour,
reçu l'aval de la Commission
de Bruxelles. Un premier avis sera rendu le 12
janvier, la Commission
devant alors préciser si
elle compte entamer une deuxième enquête ou non.
Les
lenteurs administratives
de Bruxelles ne font pas
les affaires des promoteurs de ce vaste projet,
lesquels doivent déjà
gérer un choc des cultures
apparemment plus rude que prévu alors que l'ombre
de Wal-Mart plane
toujours. Car, contrairement
à beaucoup de ses homologues, le géant américain,
déjà bien installé
en Grande-Bretagne où il a racheté
Asda, ne manque pas de moyens pour se renforcer
en Europe.
PASCALE
BESSES-BOUMARD

L'affaire Orangina marque le retour en force du droit de la concurrence
Veto de Bercy.
Il y avait longtemps que les règles
en matière de concurrence n'avaient pas été réaffirmées
avec
une telle force en France. Dans sa volonté de mettre
la main sur Orangina, Coca-Cola l'a
appris à ses
dépens.
Le vendeur, Pernod Ricard, était pourtant
d'accord, puisque, selon le
protocole de décembre
1997, il devait devenir propriétaire de la boisson
gazeuse à l'orange,
après feu vert des autorités.
C'était visiblement compter sans la pugnacité de
Bercy qui, en
septembre 1998, a mis son veto à
l'opération. Le motif était clairement établi :
risque de position
dominante de CocaCola sur le
marché français des boissons gazeuses, et d'abord
dans le circuit
des hôtels, restaurants... Cela,
alors que Pepsi-Cola affirmait haut et fort qu'une
telle transaction
risquait de l'évincer du marché.
Décidée à emporter l'affaire, la firme d'Atlanta
s'est mise
en conformité avec les exigences des
autorités chargées de faire appliquer le droit
de la concurrence.
Mais le schéma retenu présentait
encore trop de risques. De sorte que le deuxième
refus gouvernemental
est tombé courant novembre,
laissant la petite bouteille ronde à Pernod Ricard.

Pétrole : TotalFina avale Elf et devient le numéro quatre mondial
Lancée en 1998 par la fusion
BP Amoco, la vague
de concentrations dans l'industrie pétrolière s'est
amplifiée en 1999, avec
notamment l'assaut réussi
de TotalFina sur Elf.
Une bataille boursière,
deux grandes fusions,
une marée noire. De tous
les grands patrons français, Thierry Desmarest
est sans doute celui
dont l'agenda 1999 a été le
plus rempli. En partie malgré lui : après avoir
réussi à mettre
successivement la main sur Petrofina
et Elf, le patron de Total se serait bien passé
du naufrage
de l'« Erika », le 12 décembre, au
large de la Bretagne. En quelques semaines, la
marée noire
provoquée par ce pétrolier maltais
affrété par Total a souillé l'image du groupe.
Thierry
Desmarest,
tête d'affiche...
Fin novembre, Thierry Desmarest
était sacré « manager de l'année
» par le magazine
« Le Nouvel Economiste ». Un mois plus tard, les
militants de Greenpeace lançaient
du mazout et
du sable sur la tour Total de la Défense, et plusieurs
organisations appelaient
au boycott de ses stations-service...
Jusqu'alors, Thierry Desmarest avait fait figure
de «
monsieur Sans-Faute ».
Premier coup d'éclat
: il souffle Petrofina à Elf. Philippe Jaffré,
le
patron d'Elf, aurait bien aimé reprendre la compagnie
belge, mise en vente par le financier
Albert Frère.
Mais pas au prix fort.
Les hommes de Total,
eux, ont vu la dimension stratégique
de l'opération,
et accepté de payer cher. En absorbant le groupe
belge, Total fait coup double.
Il résout en partie
son problème de taille insuffisante dans le raffinage
et la distribution
de carburants. Et surtout, il
devient légèrement plus gros qu'Elf, ce qui pour
la première fois,
le met en état de fusionner avec
son compatriote et rival, en contrôlant l'ensemble.
Début
juillet,
Thierry Desmarest lance l'assaut. Sans avoir prévenu
Philippe Jaffré, il dépose un
projet d'OPE sur
Elf. Pendant deux mois et demi, les dirigeants
d'Elf vont se battre, tenter
une contre-OPE sur
Total - un « pacman », en langage boursier -, essayer
de mobiliser les investisseurs
contre l'agresseur
Desmarest. Sans succès. A la mi-septembre, Elf
accepte de se faire acheter
par TotalFina moyennant
un relèvement du prix de 10 %, qui porte la facture
définitive à 345
milliards de francs. Affaibli
par les « affaires », l'échec de son OPA sur le
norvégien Saga,
la mauvaise image de Philippe Jaffré
et la longue grève qui a touché ses services d'exploration-production,
Elf
est tombé comme un fruit mûr. Alors
que Philippe Jaffré quitte la compagnie,
c'est
l'heure de gloire de Thierry Desmarest. Avec Elf,
son groupe quitte le peloton des poids
moyens du
pétrole, pour se hisser au quatrième rang mondial,
même s'il reste encore loin derrière
les trois
super-majors Exxon, Shell, et BP.
Après Amoco,
BP achète Arco
Il
faut
dire que les mouvements de yoyo des prix du pétrole,
passés de 25 à 10 dollars le baril,
avant de remonter
d'autant, ont incité les majors elles-mêmes à se
renforcer.
Après
avoir repris Amoco
en 1998 et lancé ainsi la vague de fusions au sein
de l'industrie pétrolière,
le champion britannique
BP a renouvelé l'expérience en achetant un deuxième
américain, Arco,
pour environ 27 milliards de dollars.
De
son côté, Exxon, a fini au bout d'un an, en novembre
1999,
par obtenir le feu vert des autorités américaines
antitrust à l'acquisition de son grand
rival Mobil.
Exxon et Mobil étant les deux principales sociétés
issues du démantèlement de la
Standard Oil en 1911,
les gendarmes antitrust étaient inquiets d'une
possible reconstitution,
même partielle, de l'empire
Rockefeller. Aux Etats-Unis, Exxon a donc dû s'engager
à vendre
2.430 stations-service et une raffinerie,
tandis qu'en Europe, Mobil a accepté de se retirer
du
raffinage-distribution.
Malgré ces cessions,
l'intégration de Mobil a permis à Exxon de
conforter
solidement son rang de numéro un mondial du pétrole.
D.
CO.

Chimie-pharmacie : le retour des Français sur le devant de la scène
Les Français se sont
hissés l'an dernier au premier
rang mondial dans la pharmacie grâce à la fusion
de Rhône-Poulenc
avec Hoechst, et à la cinquième
place dans la chimie avec le mariage TotalFina
Elf.
Un nouveau
leader mondial de la pharmacie
et un numéro cinq dans la chimie. Cette fin de
siècle aura été
inespérée, presque miraculeuse
même, pour les Français.
Alors que les Cassandre
prédisaient
depuis dix ans une lente et inexorable
régression des champions tricolores dans ces deux
secteurs,
l'année 1999 a marqué leur retour sur
le devant de la scène internationale. Après un
incroyable
parcours du combattant, Rhône-Poulenc
a ainsi concrétisé sa fusion avec Hoechst le mois
dernier.
Un mariage où les actionnaires du groupe
allemand ont certes l'avantage : ils détiennent
52
% d'Aventis, le nouveau leader mondial des «
sciences de la vie ». Mais le nouveau groupe a
son
siège en France, à Strasbourg, et est dirigé à
parité par les équipes de Rhône-Poulenc et
de Hoechst.
Aventis
se place au premier rang mondial de la pharmacie,
avec 10,8 milliards
de dollars (10,6 milliards
d'euros, 69,5 milliards de francs) de ventes pro-forma
en 1998. Du
moins pour quelques mois, le temps
que le mariage entre Warner-Lambert et American
Home Products
(AHP) ou Pfizer soit finalisé. Et
il est aussi numéro un mondial de l'agrochimie,
avant la création
officielle, prévue au second
semestre, de Syngenta, issu du rapprochement des
activités du suisse
Novartis et de l'anglo-suédois
AstraZeneca. Au passage, Rhône-Poulenc, comme Hoechst,
s'est
séparé de sa chimie. Le premier l'a vendue
en Bourse sous le nom de Rhodia, tandis que le
second
a opéré une scission (« spin-off ») de Celanese.
Dans
la chimie, c'est le mariage entre TotalFina
et
Elf qui est à l'origine du réveil français. Respectivement
quatorzième mondial et treizième
mondial dans ce
secteur, la nouvelle compagnie se hisse au cinquième
rang des chimistes, avec
un chiffre d'affaires
d'environ 15 milliards d'euros, aux côtés des américains
DuPont et Dow
Chemical, et des allemands BASF et
Bayer. Elle dispose de positions enviables dans
les adhésifs
et les résines (numéro deux mondial),
dans les grandes matières plastiques (cinquième
mondial),
dans les acryliques (troisième), dans
le caoutchouc industriel (numéro deux), dans le
peroxyde
d'hydrogène (l'eau oxygénée, premier)
et dans la chimie du soufre et des dérivés fluorés
(numéro
un). Un portefeuille assez diversifié qui
devrait cependant être élagué au cours des prochains
mois,
environ 2 milliards d'euros de cessions d'actifs
étant prévus.
Accélération des
restructurations
S'ils
veulent rester dans la course, Aventis et TotalFina
Elf devront
toutefois suivre le mouvement de concentration
qui a connu une formidable accélération ces cinq
dernières
années, dans la chimie comme dans la pharmacie.
Les mariages dans le pétrole, BP-Amoco
et Exxon-Mobil,
ont fait émerger de nouveaux grands de la pétrochimie.
L'américain Dow Chemical
s'est hissé l'été dernier
au deuxième rang mondial de la chimie en reprenant
son compatriote
Union Carbide par le biais d'une
OPE de 10,9 milliards d'euros.
Dans les spécialités
chimiques,
les rapprochements se sont également
multipliés : Rohm and Haas et Morton, Crompton
& Knowles
et Witco, Benckiser et Reckitt & Colman.
Et la valse des sociétés n'est pas terminée. L'autre
chimiste
français, Rhodia, l'a bien compris. Malgré un parcours
un peu difficile en Bourse,
le groupe n'a pas hésité
à mettre 800 millions d'euros (plus de 5 milliards
de francs) sur la
table pour s'emparer du britannique
Albright & Wilson, ce qui lui permettra de devenir
leader
incontesté des phosphates.
L. F.

L'Opep a fait monter les cours du brut de 35 % en un an
Efficacité retrouvée.
Passés en deux
ans de 25
à 10 dollars par baril, leur plus bas niveau depuis
vingt-cinq ans en monnaie constante,
les cours
du pétrole ont effectué en 1999 le chemin inverse
en dix mois à peine.
Entre février
et novembre,
le prix du « brent » de la mer du Nord a grimpé
de 150 %. En moyenne sur douze
mois, il a atteint
18 dollars, soit 35 % de plus qu'en 1998.
Un
triomphe pour l'Opep. Donnée
morte et enterrée
il y a un an, l'Organisation des pays exportateurs
de pétrole a prouvé qu'elle
pouvait retrouver son
efficacité. Avec l'aide de pays extérieurs au cartel,
comme le Mexique,
elle a mis en place un programme
de réduction volontaire de la production d'environ
4 millions
de barils par jour, qui a largement
contribué à la remontée des cours. En mars, l'Opep
doit
décider de maintenir ou non les quotas actuels.
Plusieurs
pays membres de l'organisation
se sont déjà déclarés
favorables à un maintien des baisses de production
en vigueur.

UN SIÈCLE DE BAGARRE POUR LE LEADERSHIP...
...Et le classement actuel :
en 1981, le suisse
Nestlé
est devenu numéro un mondial de l'agroalimentaire
en chiffre d'affaires.
1985 :
NTT,
Japon, devient le premier opérateur de télécoms.
1988
: Nike,
Etats-Unis, leader mondial des matériels
de sport.
1988 : Whirpool, Etats-Unis,
prend
la tête de l'électroménager.
1989 :
LVMH, France, numéro un mondial du luxe.
1998
:
Ford, Etats-Unis, premier constructeur automobile
en nombre de voitures.
1998
: Diageo,
Grande-Bretagne, premier dans les vins et spiritueux.
1999
:
Exxon-Mobil, Etats-Unis, prend l'avantage
dans le pétrole.
1999 : Aventis,
France-Allemagne,
devient numéro un des sciences
de la vie.
1999 : Posco, Corée, premier
sidérurgiste
mondial.

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